Hibernation des Testudo

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Hibernation des Testudo

Message par kinosternum le Sam 23 Jan 2010, 12:57

Qu'est ce que l'hibernation et pourquoi elle est très importante pour les tortues que nous maintenons captives dans nos jardins ?


Que ce soit sur le net ou même dans certains, pour ne pas dire la grande majorité des livres, on lit des choses totalement absurdes et injustifiées sur ce sujet telles que : « l'hibernation est dangereuse, risquée », « la durée d'hibernation doit être raccourcie pour les juvéniles », « pas d'hibernation pendant les 4-5 premières années » et j'en passe...

Toutes ces affirmations sont totalement erronées et ne sont bien évidemment pas justifiées, ni par la science, ni par les lois de la Nature.

Pourquoi un bébé tortue ou une tortue juvénile devrait-elle hiberner moins de temps qu'une tortue adulte (ou même selon certains, ne pas hiberner du tout) alors qu'elles sont soumises dans la nature aux mêmes conditions climatiques ?

Ces affirmations ne sont que de l’illusion anthropomorphique envers cet animal et relève surtout de la peur et de l'appréhension des hommes pour un état qui nous est totalement étranger et que nous ne pouvons ni comprendre ni contrôler puisque nous ne le vivons pas. Et c’est cette ignorance et cette peur de notre part qui font qu'un grand nombre de tortues passent leur premières années en terrarium (le plus souvent très mal configuré d'ailleurs) où elles vont s'affaiblir petit à petit, se déformer plus ou moins rapidement pour, finalement présenter tous les symptômes d’une l’ostéodysthrophie.


Il faut bien garder à l'esprit que les tortues sont sur cette belle planète depuis bien plus longtemps que nous.

Depuis 250 millions d'années d'existence, elles ont appris comment se défendre pour résister et survivre à cette période hivernale bien avant que l'Homme ne s'en mêle.

Quoiqu'en disent certains ce n'est pas non plus un « stress environnemental » mais plutôt une vieille adaptation,
progressive, à la façon d’affronter sans dommage une période où la température ne permet pas à cet animal poïkilotherme de maintenir une activité optimale.


En revanche, ce qui est stressant pour l'animal c'est :

  • d'aller contre nature en réduisant ce temps d'hibernation ou en le supprimant.


  • de devoir s’adapter sur du court terme à des modifications climatiques trop rapides : le réchauffement climatique global pour les tortues sauvages mais surtout et d’une manière beaucoup plus nocive et pernicieuse les conditions extrêmes et mal contrôlées d’une terrariophilie souvent approximative pour les tortues captives…

Par ailleurs, on remarque que cette période joue un rôle vital pour l'espèce puisque sans hibernation la mortalité les premières années est élevée et cette dernière décroît au fur et à mesure que le temps d'hibernation augmente.


Dans tous les cas, comment peut on remettre en question une adaptation mise en place depuis des milliers d'années ?

Nous le savons bien, tous les animaux (y compris l’Homme) évoluent avec le temps. Ils s'adaptent aux conditions climatiques nouvelles par des techniques spécifiques. Mais ces évolutions, c'est à la Nature de le décider et elles se font progressivement sur plusieurs milliers d'années et non à l'Homme de le décider du jour au lendemain.


Tous les organismes vivants ont besoin de temps pour s'adapter aux nouvelles contraintes environnementales et ce temps ne se compte pas sur l'échelle du calendrier humain.

Et il en est ainsi aussi pour les tortues.

En toute logique, il n’y a donc aucune raison pour que les espèces méditerranéennes de nos jardins n’hibernent pas tout comme le font leurs cousines sauvages dans la nature. Il est de notre devoir de respecter ce cycle même lorsque ces belles carapaces sont en captivité.


Une nouvelle née, à partir du moment où l'espèce en question est une espèce qui hiberne "normalement" dans la nature doit hiberner dès le premier hiver !
Sauf, bien sûr, dans le cas d’une pathologie déclarée ou suspectée.

On entend trop souvent parler de "besoins de réserves" avant l'entrée en hibernation. Les tortues sont des animaux poïkilotherme, c'est à dire que leur température corporelle dépend de la température du milieu dans lequel elles évoluent et non pas des « réserves » qu’elles auraient ou pas.

Les tortues hiBernent donc, car contrairement aux ours qui eux hiVernent, elles n'ont pas besoins de brûler de graisses durant l'hiver pour remonter leur température corporelle puisque celle ci descend en fonction de la température ambiante. Le seul seuil qui soit critique d’un point de vue vital est le gel de l’eau contenue dans leur
tissus. Et encore, pour certaines espèces aquatiques notamment, des chercheurs auraient trouvé que certaines bestioles produisaient une forme d’antigel … Ce qui par ailleurs pourrait en faire rêver certains (hommes) … la congélation pour, peut-être, l’immortalité…


De ce fait, leur organisme entier ralentit à un tel point qu'une fois en léthargie, les enzymes permettant la digestion fonctionnent peu, voire plus du tout. Elles ne dépensent donc pas d'énergie et ne perdent normalement pas ou très peu de poids pendant la période où elles sont sous terre. Les seules pertes de poids éventuelles sont provoquées par l’évaporation de l’eau de leur tissus quand le milieu dans lequel elles hibernent est trop sec.



L’argument avancé par les partisans d'une non hibernation ou d’une hibernatiion raccourcie la première année par "manque de réserves" est tout simplement une bêtise. Une tortue, peut et doit hiberner aussi longtemps qu'une adulte dès la première année.


Une hibernation bien menée (hygrométrie, température adéquate...) comporte 1000 fois moins de risques qu'une maintenance en terrarium pendant la période hivernale.


Afin de compléter et chiffrer cette position, je me permets de citer un passage du livre (que je recommande à tous les détenteurs et passionnés de tortues et même aux vétérinaires souhaitant se perfectionner dans ce domaine) du vétérinaire L. Schilliger (spécialiste des tortues) "Les tortues "de Jardin"" :

"Il a été montré que le taux de mortalité des tortues méditerranéennes nouveau-nées et juvéniles (âgées de 1 à 6
ans) est plus élevé lorsqu'elles n'hibernent pas que lorsqu'elles hibernent au cours de leur premier hiver et que ce taux de mortalité décroît à mesure que la durée d'hibernation s'allonge (elle est très faible, voisine de 3 à 5 % lorsqu'elles hibernent trois mois et plus, contre 7 à 9 % lorsqu'elles hibernent un à deux mois, et 23 à 30 % lorsqu'elles n'hibernent pas du tout."



Voici l'étude en question, elle est tirée du Reptilmag N°25, de 2006.
Étude réalisée par Lali et Franck du forum Tortue-Action :
















Je complète ce post par des données concrètes de juvéniles dont certaines sont nées tardivement :

La première née d'un couple différent des autres :

Agripine :
Née le 08 août 2008 à 11 g
Entrée en hibernation le 05 octobre à 14 g
Sortie d'hibernation le 13 mars à 14 g
Le 06/09/09 : 40.7 g


Les trois sœurs nées tardivement :

Apollon :

Née le 14 septembre 2008 à 16.5 g
Entrée en hibernation le 25 octobre à 14 g (pesée approximative avec ancienne balance au gramme près)
Sortie d'hibernation le 13 mars à 14.5 g
Le 06/09/09 : 38.4 g


Athéna (plus petit œuf) :

Née le 12 septembre 2008 à 15 g
Entrée d'hibernation le 25 octobre à 12 g
Sortie d'hibernation le 08 mars à 12.9 g
Le 06/09/09 : 39 g


Aphrodite :

Née le 13 septembre 2008 à 16 g
Entrée en hibernation le 25 octobre à 14 g
Sortie d'hibernation le 13 mars à 14.1 g
Le 06/09/09 : 36 g


Je précise qu'aucune n'est passée en terra pendant l'inter saison d'automne, elles se sont préparées lentement pour l'hibernation pratiquement dès leur naissance, sans trop manger. Vous remarquerez qu'il n'y a bien aucune perte de poids. L'hibernation en fosse extérieure (caisse pvc percée, enterrée) avec cabane en briquettes au dessus. Bâche et voile d'hivernage rajoutés en période de gel important sur une durée prolongée.


Apollon (alias CG3) :









Agripine :









Comment procéder ? Que ne faut-il pas faire ?


Dans notre région, le mieux est sans nul doute l'enclos extérieur. Il faut laisser la tortue se préparer seule à l'hibernation, dans son enclos.
Il n'y a pas de règle. Toutes n’adopteront pas le même comportement. Cela dépendra aussi fortement des conditions climatiques.
Certaines vont commencer à réduire leur activité dès début septembre d'autre plus tardivement. Elles sortiront beaucoup moins, s'alimenteront également moins jusqu'à stopper complètement la prise de nourriture. Certaines s'enterreront début octobre, d'autre début novembre ... Il ne faut pas pour autant s'inquiéter. Sauf s’il y a des signes pathologiques (nez qui coule, perte de poids vraiment très importante, blessures...).
L'erreur la plus fréquente faite par les débutants est celle de rentrer son animal, par peur du froid, dans un endroit chauffé. Parfois juste pour une nuit. Cela perturbe alors totalement la pré-hibernation de l'animal qui se retrouve en totale opposition avec les conditions de cette période, dans un endroit brutalement beaucoup plus doux/chaud.
Le choc thermique de la remise en extérieur peut également être à l'origine de diverses pathologies telles que des rhinites.
Souvent, se sont ces animaux perturbés en plein cycle de pré-hibernation qui refusent de s'enterrer et succombent au gel.


Il faut aussi savoir que si nous sommes, nous les humains, sensibles au froid c'est parce que nous sommes homéothermes et que nous avons une température corporelle constante (37°C) qui est, elle, générée par notre corps.
Ce n'est pas le cas des tortues, qui, je le rappelle, sont poïkilothermes, c'est à dire que leur température interne dépend de la température du milieu dans lequel elles évoluent. Elles n'ont donc pas froid comme nous !


Dans notre région, l'endroit le plus sûr pour l'hibernation reste sans aucun doute la fosse extérieure ou chambre d'hibernation prévue dans l'enclos. Celle ci devra évidemment être convenablement aménagée, protégée et isolée du gel et des excès de précipitations.
C'est en voulant trop contrôler/intervenir qu'on fait des erreurs !

Nombre de tortues qui hibernent en caisson intérieur dans un substrat généralement trop sec, se déshydratent, gèlent ou s'épuisent en raison d’une température hivernale trop douce. Au frigo, l'atmosphère est bien trop sèche. Le risque de déshydratation est également élevé. De plus, les pannes de courant sont rarement prévisibles...

En extérieur, l'inertie de la terre est réellement efficace. On y remarquera une faible amplitude thermique, et surtout des variations de températures très progressives et très lentes. C'est ici que la tortue sera le plus en sécurité contrairement aux idées reçues.

Ce n'est pas le cas dans des caissons d'hibernation qui se réchauffent aussi vite qu'ils se refroidissent, le volume de terre n'étant pas suffisamment important. Le gel y pénètre également très rapidement.


En prévision de grand froid, on peut toujours renforcer la protection du dispositif par des voiles d'hivernage, une bâche, des plaques de polystyrène... et surtout étendre la protection autour du lieu d'hibernation.


Pour résumer tout cela, je dirais que pour éviter les grosses erreurs, essayer de "penser tortue", "comment font elles à l'état sauvage ?"



Bon élevage à tous !





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